Les Comores occupent la 75e place du classement mondial de la liberté de la presse établi par Reporters sans frontières. Ce rang, ni catastrophique ni rassurant, masque une réalité plus granulaire : des lois récentes qui redessinent les contours de la citoyenneté économique, un programme macroéconomique supervisé par le FMI dont les détails techniques restent peu commentés, et des disparités éducatives entre îles que la couverture médiatique internationale ignore presque totalement.
Loi sur le commerce intérieur aux Comores : une distinction juridique inédite
Le 15 juin 2026, l’Assemblée de l’Union a adopté une nouvelle loi sur le commerce intérieur. Promulguée par le décret n° 26-083/PR du 21 juillet 2026, elle réserve légalement le petit commerce aux seuls « Comoriens d’origine ».
La formulation juridique est précise et lourde de conséquences. Les étrangers résidant aux Comores sont exclus de métiers comme l’épicerie, la coiffure, la couture ou la vente ambulante. Les Comoriens naturalisés aussi.
Cette distinction entre citoyens de naissance et citoyens naturalisés dépasse le cadre d’une simple mesure protectionniste. Elle inscrit dans le droit une hiérarchie économique fondée sur l’origine, avec un impact direct sur les communautés étrangères installées de longue date et sur une partie de la diaspora comorienne revenue s’installer au pays.
Le gouvernement justifie ce texte au nom de la « sécurité alimentaire » et de la « souveraineté économique ». Les critiques y voient un texte discriminatoire qui fragilise le tissu social, dans un archipel où les échanges commerciaux informels structurent le quotidien de milliers de familles.

Programme du FMI aux Comores : ce que disent les chiffres de la 5e revue
Les Comores sont engagées depuis 2023 dans un programme de Facilité de Crédit Élargi avec le Fonds monétaire international. Ce mécanisme conditionne des décaissements réguliers à la mise en place de réformes structurelles, principalement fiscales.
Le 8 août 2026, le Conseil d’administration du FMI a validé la 5e revue du programme et autorisé un nouveau décaissement d’environ 4,9 millions de dollars. Le total reçu atteint désormais 28,62 millions de droits de tirage spéciaux sur 32,04 millions prévus au total.
Croissance et inflation : une trajectoire sous conditions
Le FMI estime la croissance à environ 3,8 % pour 2025 et projette 4,1 % pour 2026. L’inflation est retombée autour de 2 %, un niveau maîtrisé pour la région.
Ces indicateurs dessinent une stabilisation macroéconomique réelle mais fragile. Le Fonds appelle à renforcer la résilience fiscale, ce qui signifie concrètement élargir l’assiette de l’impôt, améliorer le recouvrement et réduire la dépendance aux transferts de la diaspora et à l’aide internationale.
La plupart des médias francophones relaient le montant du décaissement sans détailler les contreparties exigées. Les réformes fiscales demandées touchent directement le fonctionnement de l’administration locale et la capacité de l’État à financer ses propres services publics, notamment dans la santé et l’éducation.
Baccalauréat aux Comores : les écarts entre îles que personne ne commente
Le baccalauréat comorien révèle chaque année des disparités insulaires profondes. Les taux de réussite varient significativement entre la Grande Comore, Anjouan et Mohéli, et ces écarts ne se réduisent pas.
- La Grande Comore, où le pouvoir est centralisé, concentre les établissements les mieux dotés en personnel et en infrastructure
- Anjouan et Mohéli disposent de moins de ressources pédagogiques, avec des enseignants parfois non titulaires et des équipements vétustes
- Les résultats du bac reflètent ces déséquilibres structurels, fragilisant la promesse d’une école équitable sur l’ensemble de l’archipel
Ces inégalités alimentent une fuite des cerveaux vers l’étranger. Les étudiants les plus performants quittent l’archipel pour poursuivre leurs études en France, à Madagascar ou dans d’autres pays de la région, sans garantie de retour.

Liberté de la presse aux Comores : un cadre constitutionnel contredit par la pratique
La constitution comorienne de 2001 protège la liberté d’expression et de la presse. Dans les faits, les arrestations de journalistes restent fréquentes, en particulier lors des périodes électorales.
La réélection d’Azali Assoumani en janvier 2024 a provoqué plusieurs arrestations arbitraires de journalistes. L’opposition a contesté les résultats, et la couverture médiatique locale de cette contestation a été entravée.
Protection des sources : une avancée récente
Fin décembre 2025, une décision a confirmé que les journalistes comoriens ne sont pas tenus de révéler leurs sources. Cette avancée juridique a été accueillie avec soulagement par la profession.
Elle ne règle pas le problème de fond. Les médias publics dépendent des subventions de l’État, ce qui limite mécaniquement leur capacité à critiquer le pouvoir en place. Les médias privés, eux, font face à une précarité financière chronique qui rend difficile le maintien de rémunérations correctes pour les journalistes.
- Censure et autocensure coexistent : la menace d’arrestation suffit souvent à modérer les contenus publiés
- La majorité des Comoriens réclament davantage de liberté des médias, selon les données d’Afrobarometer
- La diaspora comorienne, très connectée, joue un rôle croissant dans la circulation de l’information, parfois en contournant les canaux officiels
Remaniement gouvernemental et réformes sectorielles aux Comores
Début 2026, un remaniement à la primature a introduit de nouvelles orientations. Le Conseil des ministres a inscrit à son agenda des dossiers touchant le patrimoine, le carburant, le transport et la gouvernance locale.
Un projet dédié à l’autonomisation des femmes a également été annoncé, sans que les modalités précises de financement ou de mise en œuvre aient été rendues publiques à ce stade.
Ces ajustements institutionnels passent sous le radar de la couverture internationale. Ils traduisent pourtant des arbitrages concrets sur l’allocation des ressources publiques dans un pays où les routes, l’accès à l’eau et la sécurité sanitaire restent des préoccupations quotidiennes pour la population.
L’archipel des Comores cumule des transformations juridiques, économiques et sociales qui dépassent largement le cadre habituel de la couverture médiatique francophone. La loi sur le commerce intérieur, les contreparties du programme FMI, les fractures éducatives entre îles : autant de sujets qui structurent le quotidien comorien sans faire la une.

